
Quand un typhon emporte une partie d’une histoire du koï japonais
Au Japon, le typhon Dujuan vient de frapper de plein fouet une institution du monde du koï. À Narita, dans la préfecture de Chiba, la Tani Fish Farm a subi une catastrophe dont les conséquences dépassent largement la simple perte de poissons.
Il y a des images qui font mal à regarder lorsqu’on aime les koï.
Celles qui nous arrivent actuellement du Japon en font partie.
Dans la nuit du 21 au 22 septembre 2026, des pluies torrentielles liées au typhon Dujuan ont provoqué des inondations majeures dans la région de Chiba. Les digues du lac Inbanuma, situé à proximité de Narita, ont cédé, libérant des volumes d’eau considérables sur les installations environnantes. Les relevés de l’agence météorologique japonaise montrent notamment des cumuls exceptionnels dans plusieurs secteurs de Chiba, avec des records historiques battus à certains points de mesure.
À quelques centaines de mètres du lac se trouve Tani Fish Farm, une entreprise familiale connue dans le monde du koï sous le nom de Tani Koi Farm.
Et cette fois, l’eau n’a pas simplement débordé.
Elle a littéralement englouti l’exploitation.
Près de 100 000 koï emportés
Lorsque Kenji Tani, le dirigeant de l’entreprise, est revenu d’un déplacement professionnel à l’étranger, le site était déjà totalement inondé.
L’eau avait atteint environ 1,5 mètre de hauteur, et l’accès à l’exploitation n’était possible qu’en bateau. Les bassins, les installations d’élevage, les bâtiments, les équipements et les zones de loisirs avaient été touchés.
Mais le plus terrible était dans les bassins.
Selon les informations communiquées par l’exploitation et reprises par plusieurs médias japonais, environ 100 000 poissons se trouvaient sur le site avant la catastrophe : koï, poissons rouges et autres poissons d’eau douce.
La quasi-totalité des koï aurait été emportée par les eaux.
Certaines sources indiquent qu’il ne resterait que 200 à 300 poissons après le passage de la crue.
Et parmi les poissons disparus se trouvaient des koï de très grande valeur.
La presse japonaise évoque des pertes pouvant atteindre près d’un milliard de yens, soit plusieurs millions d’euros. Cette estimation comprend les poissons, mais également les bâtiments, les installations et les équipements détruits ou lourdement endommagés.
Une catastrophe qui arrive au pire moment
Ce qui rend cette histoire encore plus douloureuse, c’est le calendrier.
Nous sommes en septembre.
Au Japon, c’est précisément la période où commence une nouvelle saison particulièrement importante pour le monde du koï : les nouvelles récoltes arrivent, les ventes commencent, les acheteurs se déplacent et les poissons destinés aux concours ou à l’exportation prennent progressivement place sur le marché.
Selon la presse japonaise, Tani Fish Farm devait commencer ses ventes le 27 septembre.
Autrement dit, une partie des poissons qui devaient être proposés aux clients dans les jours qui viennent ont disparu quelques jours seulement avant leur commercialisation.
C’est une ironie particulièrement cruelle pour une entreprise qui travaille toute l’année à préparer cette période.
Tani Fish Farm, ce n’est pas seulement un élevage
La Tani Fish Farm est implantée à Narita, dans la préfecture de Chiba.
L’entreprise élève ses propres koï mais rassemble également des poissons provenant de producteurs réputés de différentes régions du Japon. Son activité ne se limite d’ailleurs pas au koï : elle commercialise également des poissons rouges, des médakas et différents poissons d’eau douce.
Le site comprend aussi un étang de pêche et des installations de loisirs.
C’est donc tout un écosystème économique qui a été touché.
Le site représente plusieurs hectares — les médias japonais parlent d’une superficie équivalente à environ six Tokyo Dome — et l’ensemble a été submergé.
Et après ?
C’est peut-être la partie la plus difficile à imaginer.
Une inondation ne s’arrête pas lorsque l’eau commence à redescendre.
Le 25 septembre, l’eau avait enfin suffisamment reculé pour permettre aux équipes de commencer le nettoyage et le déblaiement. Mais les installations étaient recouvertes de boue et une grande partie des équipements avait été immergée.
Et pour les poissons survivants, la situation reste extrêmement préoccupante.
Une inondation de cette ampleur signifie une rupture brutale des conditions d’élevage : eau chargée en boue et en matières organiques, contamination possible, variation brutale des paramètres, stress majeur, blessures, baisse de l’oxygénation…
Sans parler des poissons qui ont quitté les installations et se retrouvent dans le milieu naturel.
Le responsable de l’élevage expliquait d’ailleurs que les poissons avaient été élevés avec une gestion rigoureuse de leur environnement et que les poissons emportés pouvaient, même s’ils survivaient dans un premier temps, être ensuite fortement exposés aux maladies.
Une image qui rappelle une réalité que nous oublions parfois
Quand on regarde un beau koï dans un bassin parfaitement entretenu, il est facile d’oublier à quel point cet animal dépend de son environnement.
Dans nos bassins, nous contrôlons le niveau d’eau, la filtration, l’oxygénation, la qualité physico-chimique de l’eau, les apports de nourriture…
Au Japon également.
Mais face à plusieurs centaines de millimètres de pluie et à la rupture d’une digue, même une infrastructure professionnelle peut être dépassée.
Ce qui vient de se produire à Tani Fish Farm nous rappelle aussi quelque chose de fondamental : derrière chaque koï de qualité, il y a énormément de travail.
Des années de sélection.
Des années d’élevage.
Des installations.
Des hommes et des femmes.
Et parfois plusieurs années avant même que le poisson ne rencontre son futur propriétaire.
Tout cela peut disparaître en quelques heures.
Une pensée pour Tani Fish Farm
Je ne connais pas personnellement Kenji Tani, mais comme beaucoup de passionnés de koï, je ne peux qu’imaginer le choc que représente une catastrophe pareille.
Perdre des poissons est déjà terrible.
Voir disparaître en quelques heures le fruit de plusieurs décennies de travail doit être d’une toute autre dimension.
Tani Fish Farm existe depuis plusieurs décennies et son site officiel présente aujourd’hui encore une activité consacrée aux koï, aux poissons d’eau douce et aux équipements pour leur maintenance.
À l’heure où j’écris ces lignes, le nettoyage vient à peine de commencer et l’entreprise elle-même indique ne pas encore être en mesure de mesurer précisément l’avenir.
Alors, au-delà de la valeur financière des poissons disparus, c’est une histoire, un patrimoine et des années de travail qui viennent d’être brutalement frappés.
Espérons maintenant que Tani Fish Farm puisse se relever.
Parce que dans le monde du koï, derrière chaque poisson, il y a toujours beaucoup plus qu’un prix affiché sur un bac.
Il y a du temps, du savoir-faire, de la passion… et une histoire.
Et celle de Tani Fish Farm mérite certainement de continuer.
